Le jeu du Nain jaune

Traduit et adapté de l'anglais par Bertrand Karnet

 

Le Nain jaune est un célèbre jeu de cartes que l'on peut qualifier de familial. Simple à comprendre, il permet aux enfants de jouer et défier les grands ce qui,  d'un point de vue psychanalytique serait d'une valeur très pédagogique. Ce jeu né au XVIIe siècle s'appelait alors Lindor.

Le Nain jaune permet de jouer en famille et entre amis avec des cartes et un plateau rudimentaire. Les premiers Lindor retrouvés étaient en papier ! D'abord joué dans les salons de la noblesse et de l’aristocratie, le jeu s'est démocratisé peu à peu dans les cités. A l’époque, les classes populaires n'avaient pas le loisir de jouer tandis que pour les classes supérieures, le jeu était déjà un outil de socialisation, voire de relation publique. Le Nain Jaune est donc le nom communément utilisé aujourd'hui, tandis que Le Lindor reste l’appellation érudite de ce jeu de cartes. Le succès rencontré est dû à la simplicité des règles et à la stratégie présente, à la fois puissante mais tout à fait basique. Le plaisir du jeu est là et comme il faut être au minimum 3 joueurs, c'est un jeu de groupe.

L'histoire du Nain Jaune 

Le Nain Jaune aurait pour origine un conte pour enfant publié en 1868 par la Baronne d'Auloy, et dans lequel il apparait sous les traits d'un personnage laid, rusé et cruel. Cette histoire vraie et peu réjouissante témoigne des moeurs de l'époque. Stanislas de Pologne avait un nain nommé Nicolas Ferry qui en vieillissant, serait devenu «  violent et cruel » gagnant ainsi le nom de « Nain jaune ». L'histoire de ce jeu qui semble plutôt  improbable  serait, d’après le livre autobiographique de Phineas Taylor Barnum, The life of P.T. Barnum, lié à l'histoire du Général Tom Pouce. Ce personnage emblématique du cirque américain Barnum, nain ou personne de petite taille, aurait relancé le jeu du Nain Jaune, tombé dans les oubliettes à la révolution. Durant les années 20, il réapparait en jeu très tendance pour devenir un jeu de cartes célèbre jusqu'à nos jours.

Le jeu de cartes du Nain jaune est un jeu dit de " Hocs " 

La définition de jeux d'Hocs : C'est un genre de jeux de cartes « où chaque joueur, l'un après l'autre, empile ses cartes en un talon commun dans l'ordre d'une suite définie pour par joueur de ces jeux ». Le gagnant est celui qui n'a plus de cartes à jouer dans sa Main. Le hoc représente le fait de poser la carte qui va bloquer le joueur et ainsi permettre à ce joueur qui vient de faire le « hoc » de commencer sa série. C'est évidemment une façon de faire un hoc qui varie selon le jeu auquel vous jouez.

La composition du jeu 

Le jeu de cartes du Nain Jaune se compose d'un plateau de jeu, d'un jeu de 52 cartes et de 3 sortes de jetons différents. Le jeu de 52 cartes est classique. Par contre il faut retirer d’éventuels joker et cartes satellites. Le plateau de jeu du nain jaune : il doit contenir 5 cases. Vous ne trouverez dans le jeu, mais vous pouvez très bien le faire vous même. Les jetons : il faut l’équivalent de 50 jetons minimum par joueur et de valeurs différentes.

Les règles du jeu 

La première règle : Le nain jaune est le sept de carreau. C'est la plus grosse carte du jeu. Pour commencer tout le monde doit avoir le même nombre de jetons et donc la même valeur de point. Il faut donc bien établir la valeur des jetons entre joueur avant de commencer la partie. Au-delà de la valeur que vous voulez donner, les cartes ont des valeurs établies en jetons :

  • Pour le Dix de Carreau : Un jeton.
  • Pour le Valet de Trèfle : Deux jetons.

  • Pour la Dame de Pique : Trois jetons.

  • Pour Le Roi de cœur : Quatre jetons.

  • Pour le 7 de carreau( Nain Jaune) : Cinq jetons.

Logiquement, on donne les valeurs suivantes aux jetons ( 1-5-10)

Les cartes doivent être distribuées selon le nombre de joueurs :

  • Pour 3 joueurs : 15 cartes par joueur

  • Pour 4 joueurs : 12 cartes par joueur

  • Pour 5 joueurs :  9 cartes par joueur

  • Pour 6 joueurs :  8 cartes par joueur

  • Pour 7 joueurs :  7 cartes par joueur

  • Pour 8 joueurs :  6 cartes par joueur

Le but du jeu est d'avoir le plus de jetons possible. Il y a deux façons de gagner des jetons:

  • Prendre ceux qui sont sur le plateau en posant la carte identique à celle de la case.

  • Lorsque vous terminez en premier, c'est à dire que vous n'avez plus de carte en Main.

Le déroulement de la partie 

Il faut faire des suites de cartes. La couleur n'entre pas en jeu. Le premier joueur doit donc essayer de mettre sa carte pour faire une suite. Si il est bloqué, c'est au joueur qui le suit qui doit d'essayer faire une suite à son tour. Le Roi met un terme à une suite. Une fois qu'il est posé, il faut recommencer une nouvelle suite. Pour le plateau du nain jaune, il permet aux joueurs qui ont une carte identique à celle présente sur l'une des cinq cases de remporter les jetons qui sont misés dessus. Le joueur doit dire à vive voix qu'il prend la carte et les jetons. Si il oublie, les jetons restent sur la carte du plateau et sont encore en jeu.

Pour gagner la partie de Nain Jaune, il faut qu'un joueur n'ait plus de cartes. Il gagne donc les jetons des joueurs selon les cartes qui leurs restent. Par exemple, un joueur ayant en Main un roi et un 4 devra donner 14 jetons.

La valeur des cartes :

  • AS : 10 points
  • Roi : 10 points
  • Dame : 10 points
  • Valet : 10 points
  • 10 : 10 points
  • 9 à 2 : Valeur de la carte soit 9 points pour le neuf....

Si un joueur a encore une carte qui est sur le plateau, il doit doubler la valeur de cette carte et donner ainsi le double de jetons au gagnant. Par exemple si le Valet est sur le plateau et qu'un joueur là encore à la fin de la partie de Nain Jaune, il devra donner 20 jetons au lieu de 10 normalement. Le Grand Opéra, c'est le coup suprême de ce jeu de cartes. Un Grand Opéra, c'est poser sa dernière carte avant la fin du premier tour. Ce coup de maître est récompensé avec tous les jetons présents sur le plateau et évidemment tous les jetons correspondants aux points que les joueurs ont dans les mains.

Références 

  • François THEIMER, « L'origine du jeu », sur Le Journal de la Vieille France
  • Antoine Aubert, La vie de Stanislas Leszczinski, surnommé le Bienfaisant, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar. Divisée en deux parties. - Paris : Moutard, 176
  • Le guide des jeux oubliés. « Les jeux d'hocs »
  • Le livre des jeux de pions, Michel Boutin, Bornemann (Collection « L’Univers du Jeu »), Paris, 1999, 168 pages
  • Les jeux et les hommes, Roger Caillois, Gallimard, Paris, 1967, 378 pages,